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Jusqu'à quel âge pourrez-vous vraiment travailler?

Le ministre des Finances Carlos Leitão a prévenu il y a un peu plus de six mois qu'il était «inévitable» que le gouvernement repousse l'âge normal de la retraite. Et ce, parce qu'il convenait de tenir compte de l'augmentation de l'espérance de vie des Québécois.

«Je pense que c’est inévitable. Parce qu’une personne qui prend sa retraite à 60 ans, par exemple, peut avoir, en temps normal, un autre 25 ans de vie active. Ce n’est plus comme il y a 50 ans. Il faut s’ajuster», avait-il déclaré en juin dernier, lors du congrès du Parti libéral du Québec (PLQ).


Le ministre considère donc que nous pouvons très bien nous montrer «actifs» pendant 25 ans, une fois passé l'âge de 60 ans. C'est-à-dire jusqu'à l'âge de 85 ans. Et par conséquent, qu'il n'y a rien de plus simple que de repousser l'âge normal de la retraite d'une poignée d'années, à l'aide notamment de mesures contraignantes comme l'instauration de lourdes pénalités en cas de «retraite hâtive» ou la hausse graduelle de l'âge d'admissibilité pour une rente de la Régie des rentes du Québec (RRQ).


La question saute aux yeux :«Vous comme moi, pouvons-nous vraiment nous montrer «actifs» durant toutes ces années-là, tant sur les plans physique qu'intellectuel?» À laquelle s'ajoute la suivante : «Est-il réaliste de considérer que nous pourrons nous montrer tout aussi efficaces durant les années ajoutées avant de pouvoir bénéficier de la retraite?»


Difficile à dire, pensez-vous sûrement. Eh bien, détrompez-vous, car je pense avoir déniché la réponse à ces interrogations dans une étude intitulée Health capacity to work at older ages: Evidence from the US et signée par : Courtney Coile, professeure d'économie au Wellesley College (États-Unis); Kevin Milligan, professeur d'économie à l'École d'économie de Vancouver de l'Université de Colombie-Britannique (Canada); et David Wise, chercheur au National Bureau of Economic Research (NBER) à Cambridge (États-Unis).


Les trois chercheurs ont plongé dans plusieurs bases de données concernant la population américaine, et en particulier dans celles qui étaient riches en statistiques sur la mortalité, l'espérance de vie et la santé, des années 1970 à 2010. Leur idée était simple :


1. Estimer dans quel état physique et intellectuel étaient les personnes qui partaient à la retraite à la fin du 20e siècle.


2. Estimer dans quel état physique et intellectuel sont les personnes qui partent à la retraite de nos jours.


3. Évaluer le nombre d'années de travail supplémentaires que cela prendrait aux jeunes retraités d'aujourd'hui pour se retrouver dans le même état physique et intellectuel que les jeunes retraités d'hier.


Pour effectuer cette dernière évaluation, les trois chercheurs ont recouru à deux méthodes de calcul différentes, l'une dénommée Milligan-Wise, l'autre Cutler. Fait intéressant à noter, leurs résultats - qui portent sur ce que je me permets de dénommer «l'espérance de travail», pour signifier le temps qu'un travailleur peut espérer travailler durant sa vie - sont similaires :


> Facilement 4 années de plus. Les personnes figurant aujourd'hui dans la tranche d'âges 55-69 ans sont en mesure de travailler en moyenne 4,2 années de plus que l'âge normal de la retraite, selon la méthode de calcul Milligan-Wise. Autrement dit, quelqu'un qui envisage actuellement de partir à la retraite à ses 60 ans pourrait très bien continuer quatre années de plus, donc jusqu'à 64 ans : il se retrouverait alors dans le même état physique et intellectuel que ceux qui prenaient leur retraite à la fin du 20e siècle.


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