AccorHotels rachète les hôtels Fairmont, Raffles et Swissôtel
Avec ce rachat, AccorHotels s’invite dans la cour des grands du luxe. Déjà l’un des leaders mondiaux de l’hôtellerie économique et de moyenne gamme, le Français se hisse d’un seul coup au cinquième rang mondial sur les secteurs du haut et du très haut de gamme. Ceux où les chambres sont facturées respectivement à 200 dollars et 500 dollars la nuitée (environ 180 euros et 456 euros).
Pour réaliser cette acquisition, AccorHotels a pris soin de ne pas casser sa tirelire. Le groupe ne déboursera que 840 millions de dollars en liquide. Une augmentation de capital réservée complète cette opération. A cette occasion, Qatar Investment Authority (QIA) et Kingdom Holding Company of Saudi Arabia, présents au capital du canadien FRHI, deviendront les deux premiers actionnaires d’AccorHotels, avec respectivement 10,5 % et 5,8 % des parts. Cette double montée en puissance relègue au second plan Colony Capital et Eurazeo, deux des actionnaires historiques de l’hôtelier créé par Paul Dubrule et Gérard Pélisson. Ils ne détiendront plus que 5,1 % et 4,3 % du français.
Chez Accor, ce rachat n’est pas une véritable surprise. Il y a quatre à cinq ans, l’ancienne direction du groupe avait déjà examiné ce dossier, sans y donner suite. Toutefois, précise M. Bazin, ce rachat ne sera définitivement bouclé qu’au premier semestre de 2016, après le vote de l’assemblée générale du groupe et le feu vert des autorités de la concurrence.
A en croire le PDG, au-delà de son intérêt stratégique, cette acquisition a un impact bénéfique sur le statut du groupe auprès des investisseurs internationaux. « Nous avons donné la preuve à beaucoup de gens de la capacité d’Accor à se mobiliser dans le cadre d’un appel d’offres international », se rengorge le patron.
Plutôt en panne en Europe
Mieux, avec cette opération, Accor se renforce sur le secteur le plus rémunérateur et dans les zones en expansion. Le groupe a désormais en portefeuille plus de 500 établissements de luxe et de haut de gamme. Accor prévoit même d’en compter « 650 dans quatre à cinq ans », se félicite M. Bazin, qui reconnaît que « c’est un segment ou nous étions fragiles, alors que c’est celui où les marges, de 5 % à 6 % en moyenne, sont les plus profitables. » En tout cas bien supérieures aux profits réalisés sur d’autres enseignes d’entrée de gamme du groupe, telle Ibis, où les chambres sont commercialisées en moyenne autour de 50 euros.
L’autre intérêt du rachat du groupe canadien est qu’il permet à Accor « de rééquilibrer son activité en allant chercher la croissance aux Etats-Unis », alors qu’elle est plutôt en panne en Europe. L’arrivée de Raffles, Fairmont et Swissôtel devrait contribuer à déplacer encore plus le centre de gravité du groupe hôtelier vers l’international, spécialement en Amérique et en Asie, alors que l’activité est encore à 65 % concentrée sur le continent européen. La France aussi pèse de moins en moins lourd, « 30 % de l’activité contre plus de 50 % il y a encore trois ans », indique M. Bazin.
A l’examen, l’achat de FRHI donne une autre dimension à Accor, qui passe de 200 000 à 250 000 salariés. En revanche, le groupe français reste très loin du nouveau poids lourd du secteur, issu du tout récent mariage des deux géants Marriott et Starwood. A eux deux, les Américains détiennent plus de 816 000 chambres, contre à peine plus de 107 000 pour Accor. Distancé en taille, Accor devrait, en revanche, rivaliser en termes de notoriété, grâce à la renommée d’établissements comme le Raffles de Singapour ou le Savoy de Londres.
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