· Main d’œuvre

Conquérir le cœur de la main-d’œuvre

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Maude Petel-Légaré
Le Soleil
 
Voyage dans le Sud, horaire flexible, billets de ski et cours de plongée sous-marine : les employeurs sont prêts à tout pour charmer et garder leur personnel en ce contexte de pénurie de main-d’œuvre, une grande séduction comparable à celle du médecin du village de Sainte-Marie-la-Mauderne dans le film culte québécois.
 
C’est une belle journée ensoleillée. Le temps pour vagabonder dans les coquettes rues de la ville de Québec est enfin arrivé. Les passants se précipitent sur les terrasses des restaurants. «Enfin!», se disent-ils, pinte de bière à la main. Cette joie n’est cependant pas partagée par tous. En se baladant de l’intersection de la rue Sutherland jusqu’à l’hôtel de ville, plusieurs commerces de la rue Saint-Jean affichent « Employé recherché ». Trente-cinq pancartes en à peine 1,5 kilomètre! Avec la saison touristique qui arrive à grands pas, ce manque de main-d’œuvre suscite beaucoup d’inquiétude auprès des employeurs. La solution : séduire les employés à l’aide de propositions hors de l’ordinaire.
 
T'ES FAN DE CRIQUET? ON VA SE CRÉER UNE ÉQUIPE JUSTE POUR TOI!
 
Pour attirer la main-d’œuvre, les commerces n’ont plus le choix : ils doivent être alléchants. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur le terrain, les employeurs se cassent la tête pour se démarquer. «Nous essayons d’être originaux et inventifs parce que nous vivons tous ce même problème-là. Dans le Vieux-Québec, c’est encore plus criant parce qu’il y a des irritants comme le stationnement et le logement», explique le directeur général de la Société de développement commercial (SDC) du Vieux-Québec, Jacques André Pérusse. Puisque la grande majorité des employés qui travaillent dans cette zone n’y habitent pas, la SDC souhaite développer une Coop d’achat et offrir l’abonnement d’autobus aux employeurs pour faciliter le recrutement et le maintien du personnel.
 
T’as pas d’expérience? C’est pas grave
 
Sur les réseaux sociaux, dans le groupe Facebook «STAFF resto Québec», une vingtaine d’annonces sont publiées chaque jour. Pour inciter les jeunes à postuler, certains restaurateurs offrent un abonnement au gym, «un horaire flexible selon TES disponibilités», un salaire négociable, une possibilité d’avancement, une fin de semaine sur trois de congé ou un salaire moyen de 28 $ pour un livreur. Et certains cherchent des employés, peu importe leur qualification : «Tu as deux mains… on t’engage, aucune expérience nécessaire, aucune connaissance requise», peut-on lire sur le groupe en ligne.
Selon le professeur titulaire au Département des relations industrielles de l’Université Laval François Bernard Malo, ces solutions inusitées sont apparues il y a un peu plus de cinq ans. «Dans les solutions dites “nouvelle tendance” : cela peut aller jusqu’à faire tirer un voyage à nos 10 meilleurs employés, de fournir les passes d’autobus gratuitement ou payer un billet d’abonnement à quelque chose qui les intéressent personnellement», observe-t-il. Aujourd’hui, selon lui, certaines entreprises vont offrir des cours de céramique, de danse sociale et même des cours de plongée sous-marine à leurs employés.
 
Du poulet, des frites et un voyage dans le sud
 
Depuis cinq ans, pour recruter et maintenir leurs employés, les restaurants Benny&Co offrent 12 bourses d’études par an. Puisque 60 % de leurs employés sont des milléniaux, ils ont décidé d’ajouter cette année deux bourses de voyage de 2500 $. «On se demandait quelle action on pourrait mettre de l’avant pour interpeller les jeunes. On s’est dit qu’ils aimaient beaucoup voyager. Nous avons décidé de faire un tirage d’une bourse de voyage deux fois par année», souligne le vice-président Relations publiques de Benny&Co, Yves Benny. En plus du contexte de pénurie de main-d’œuvre, les restaurants Benny&Co sont en pleine expansion, ils ont donc un besoin énorme de personnel. «Depuis 2010, nous sommes passés de 12 à 55 restaurants. On est en croissance et cela nous prend 200 à 250 employés», explique-t-il. Avec ces différentes bourses, cette chaîne souhaite charmer les étudiants. «On voulait encourager cette clientèle à postuler chez nous tout en gardant ceux qui sont déjà en emploi. L’entreprise doit se vendre, c’est notre nouvelle réalité», dit-il.
 
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