· Tourisme

Le tourisme : point de départ ou destination?

Quelles sont les compétences transversales à développer dans le tourisme?


Jean-Philippe Gouin n’avait pas 20 ans, lorsque, pour la première fois, il s’est fait annoncer jusqu’à quel sommet son engouement pourrait le mener : «Au cégep, j’hésitais entre la formation de guide de tourisme d’aventure à l’Université du Québec à Chicoutimi et le génie électrique, à Sherbrooke. J’ai rencontré un orienteur, juste une fois, et il m’a fait comprendre qu’avec ma personnalité, je pourrais réussir dans les deux domaines. L’orienteur m’a même dit ‘’En sortant de ton Bacc, à 23 ans, tu vas sûrement lancer une entreprise de plein air’’.» Ce dernier avait peut-être le flair pour repérer les talents, mais avait-il conscience à quel point l’idée de voler de ses propres ailes pouvait éveiller d’angoisse chez ce jeune passionné d’escalade? Mais Jean-Philippe n’était alors qu’un jeune parmi la longue lignée de ceux qui hésiteront à faire un grand saut professionnel et se demanderont « Si je voulais, plus tard, revenir en arrière ou choisir à nouveau, serait-il possible de le faire sans retomber au bas de l’échelle? »

Mélanie Grégoire, qui accompagne quotidiennement des personnes en transition de carrière, croit, pour sa part, que quelqu’un qui passe par le tourisme ou l’hôtellerie en ressort avec, en poche, un bagage attrayant aux yeux de plusieurs employeurs, notamment dans les domaines du service à la clientèle et de la vente ou du service-conseil. Déjà, selon elle, le fait qu’une personne choisisse le loisir ou le tourisme comme domaine de formation peut déjà s’avérer prometteur pour un employeur qui peut aspirer à trouver chez ce candidat la tendance à explorer plusieurs horizons, mais aussi le souci de faire vivre à son client une expérience remarquable : «C’est quelqu’un qui va aimer les loisirs, les vacances, les escapades, parce que le tourisme, c’est comme la récompense des travailleurs.»

Elle ne nie pas toutefois que les domaines du tourisme, tout comme les façons de s’y initier, peuvent varier et si, dans son restaurant du coin, par exemple, on rêve d’être reconnu et de se faire servir son café préféré avant même de l’avoir demandé, d’autres commerces à plus haut volume de clientèle vont plutôt chercher à devenir des spécialistes de la première impression. Un sens de la débrouillardise accru, l’esprit d’équipe, le sens de l’urgence, ainsi que la capacité d’anticiper, de prendre des risques calculés et d’improviser sur plusieurs plans et avec le sourire, dans un milieu toujours changeant, font partie des autres attributs essentiels que Mélanie Grégoire remarque chez la plupart des professionnels parvenus à tirer leur épingle du jeu touristique : «La polyvalence est importante dans ce domaine-là; s’il manque quelque chose, dans le feu de l’action, ce n’est pas le temps de parler de description de tâche. C’est l’équipe qui compte.» 

Et si Jean-Philippe Gouin s’est finalement démarqué dans le milieu du tourisme événementiel, c’est parce que, après un long détour, cet étudiant à la maîtrise en ingénierie est parvenu à jouer l’homme orchestre, en mariant sa passion à ses compétences techniques, pour bâtir un mur d’escalade de glace lors d’un Carnaval, à Sherbrooke : «Normalement, un ingénieur peut faire des plans, mais pour quelqu’un qui ne connait pas l’escalade, ça aurait été difficile. Il n’y a pas d’industrie qui fait cela, du moins, à un prix qui aurait valu la peine pour le temps d’un carnaval. Moi, j’avais déjà tout l’équipement, j’avais déjà bâti des murs avec mes amis, mais pas pour le public; et surtout, j’avais plusieurs nuits blanches à consacrer à me geler les doigts à arroser une tour de glace  tous les deux jours.»

Jean-Philippe Gouin constate aussi que sa propre expérience de chargé de cours a contribué à faire de lui le formateur qu’il est devenu, et il ne se gêne pas pour ajouter quelques informations sur la nature des matériaux à ses groupes plus avancés : «Que ce soit dans l’événementiel, pour un tour d’escalade ou même quand j’étais chargé de cours, les gens font appel à moi parce qu’ils cherchent une expertise. Ils veulent être guidés, même si la documentation que je leur propose est différente. Peu importe que je travaille pour un client qui paie pour créer une manette ou pour monter une roche, je dois adapter mon langage à la personne en face de moi et au niveau de connaissances de la personne.» Il observe aussi que la réussite d’une journée de travail, tant dans le domaine technique qu’auprès d’une petite famille de grimpeurs dilettantes, repose sur une connaissance de la matière et une planification réussie : «Dans le domaine technique, on veut des estimations, des dates, fixées en fonction de la planification initiale. Quand on mène une petite famille en escapade, plusieurs facteurs extérieurs peuvent influencer le plaisir comme la météo ou l’ambiance du groupe. Mais il faut quand même, à la base, trouver la meilleure activité pour que le client reparte satisfait.»  

Et maintenant que Chamox, son entreprise, est bien lancée, Jean-Philippe a tendance à aller piger parmi ceux qui suivent ses formations et lui révèlent qu’ils ont vécu, tout comme lui, un grand revirement de carrière, lorsqu’il cherche des moniteurs pour accompagner sa clientèle en escalade : «Les gens qui font un grand revirement, comme cela, ça m’attire énormément, puisqu’ils ont une autre expertise à partager.»  Le propriétaire de Chamox admet d’ailleurs avoir dû développer des stratégies afin d’assurer sa visibilité, à l’aide de formations et de l’expérience des autres pour enrichir la sienne, dont celle d’un mentor en fin de carrière : «Avoir quelqu’un, comme cela, autour de moi, toujours prêt à m’aider et à me donner des trucs, surtout pour la gestion de personnel, c’est une ressource inestimable.». Selon Mélanie Grégoire, apprendre ainsi à planifier et à amener des gens de plusieurs générations à collaborer fait partie des aptitudes qu’un bon gestionnaire doit approfondir et qui peuvent être reconnues ailleurs : «Toutes les compétences en soutien administratif sont transférables. Orchestrer pour que tout se déroule bien, c’est important dans le tourisme et la résolution de problème est toujours de mise dans une tâche de coordination ou de logistique, quel que soit le domaine.»

Mais si Jean-Philippe est encore débordant de projets, il ne semble pas, quant à lui. près de s’imaginer loin de l’industrie touristique, affirmant même qu’il aurait tendance maintenant à encourager un jeune passionné de moins de 20 ans à se lancer dans l’aventure, quitte à lui avouer «J’ai eu mon conventum, dernièrement. Il y a des gens qui ont suivi la voie habituelle et qui me regardaient bizarrement. Moi, je m’en fous. Je n’ai pas le même salaire, mais j’ai ma famille autour de moi et je fais ce que j’aime.»

Experte consultée :
Mélanie Grégoire, intervenante et gestionnaire chez Brisson-Legris, révélateur de potentiel, et coauteure de Tracez votre destinée professionnelle (2007) et de La Destination de l’emploi (2013)

Entrepreneur-témoin :
Jean-Philippe Gouin, propriétaire de Chamox, événements et escalade

Marie-Hélène Proulx - Blogueuse Hotelleriejobs.com

Marie-Hélène explore la vie urbaine sous tous ses angles depuis une quinzaine d’années. Après ses débuts avec le guide touristique Le Petit Futé, elle s’est penchée sur les réalités sociales en complétant une maîtrise en sexologie sur les jeunes de la rue. Sa passion pour le journalisme indépendant ne l’a toutefois jamais quittée. Elle continue de vous partager ses autres découvertes sur le site du Montréal pour enfants et du webzine culturel La Bible Urbaine.