Quand l’ancienneté nuit au travail
L’ancienneté. Ce concept est tellement présent au Québec qu’on a parfois l’impression qu’il figure Code du travail. «Pourtant, il n’existe dans aucune loi. C’est une création des conventions collectives qui est surtout utilisée en Amérique du Nord», souligne André Sasseville, un avocat spécialisé en droit du travail au cabinet Langlois, qui a représenté plusieurs employeurs au fil de sa carrière, dont Couche-Tard.
Initialement, l’objectif était de protéger les employés contre les abus des employeurs. Avec l’ancienneté, le patron ne peut pas favoriser son fiston lorsqu’un poste est ouvert.
«Cela fonctionnait bien auparavant, lorsque la main-d’œuvre était peu spécialisée, dit André Sasseville. Aujourd’hui, dans l’économie du savoir, une convention collective qui accorde trop de place à l’ancienneté risque de nuire au recrutement.»
L’avocat donne l’exemple d’une entreprise où les heures supplémentaire sont attribuées en fonction de l’ancienneté et qui souhaite embaucher un électromécanicien, dont il y a pénurie. Le petit nouveau sera le premier à se faire imposer des heures supplémentaires à des moments qui ne lui conviennent pas. Et comme il a le luxe de choisir son employeur, il risque d’aller voir ailleurs.
Or une entreprise qui peine à pourvoir ses postes sera moins compétitive. Ultimement, les syndiqués risquent d’en payer le prix.
«Une solution, dans un tel cas, pourrait être d’attribuer le temps supplémentaire à tour de rôle», suggère André Sasseville. Les employés actuels sont protégés des abus, sans pour autant nuire au recrutement.
Le secrétaire général de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jean Lortie, rappelle que la fin de l’ancienneté est réclamée depuis des années par certains groupes. «Mais par quoi la remplacerions-nous? À ce jour, il s’agit du critère le plus neutre et le moins arbitraire que nous ayons trouvé. Il protège contre les préjugés racistes et sexistes, et contre le favoritisme.»
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