La marque employeur doit éviter la sur-promesse
Que recouvre la notion de marque employeur ? Comment les entreprises peuvent-elles la déployer ? Quels sont les pièges à éviter et l’impact des réseaux sociaux ? Je reproduis ici un article que j’ai écrit pour la revue PERSONNEL de l’ANDRH de février 2015, sur la base d’une interview réalisée par Olivier Jaskulké, HR Digital Officer chez Orange.
Faut-il différencier marque employeur et communication employeur ?
La communication employeur déploie un discours à destination de ses
futurs employés, en cohérence avec la marque globale, qui se nourrit de
la communication institutionnelle, financière, de la communication
produit, et de toutes les autres formes de communication, à des degrés
divers. Mais l’enjeu n’est pas que de projeter une image auprès des
jeunes ingénieurs ou commerciaux talentueux que l’entreprise souhaite
séduire. Notons que la communication pour l’emploi se différencie des
autres formes communication car elle ne cherche pas nécessairement à
maximiser le nombre de ses contacts. En effet, le nombre de postes
proposés est fixé, l’entreprise cherchera ainsi davantage à toucher des
candidats dont le profil est en le plus en phase avec celui recherché.
La marque employeur n’est pas qu’une question de communication. Il ne
suffit pas de construire un bel appartement témoin. Il s’agit d’aligner
les pratiques RH de l’entreprise, la réalité de l’expérience vécue au
quotidien par les collaborateurs, avec le discours que l’on va porter en
externe. Par exemple, quel est le type de management ? la réalité de
l’autonomie dont disposent les collaborateurs, la nature de leurs
missions, les évolutions de carrière réellement proposés ?…
La marque employeur doit être légitime, crédible, partagée. Pour
exister, elle a besoin de se nourrir de preuves, s’appuyer sur le
réalité, éviter à tout prix la sur-promesse qui sera dévastatrice quand
elle se diffusera sur les médias sociaux. Ce contrat social n’est pas
que de la responsabilité de la RH, c’est un engagement de l’entreprise
dans son ensemble, avec la Direction générale en première ligne.
Ce concept de marque employeur n’est-il pas réservée qu’aux grosses structures disposant de moyens importants ?
Déployer une marque employeur n’est pas forcément compliqué et onéreux,
même si les exemples retenus sont souvent à l’initiative de grandes
entreprises, qui disposent à la fois d’une culture marketing et
communication, d’équipes dédiées, de budgets conséquents qui viennent
soutenir des volumes de recrutements importants.
Les attentes des candidats pour un discours réel sur l’activité, les
projets, les perspectives d’une entreprise, la recherche d’ échanges de
proximité et une facilité d’accès avec différents collaborateurs de
l’entreprise, peuvent être une opportunité pour les PME et ETI. Et le
numérique, et notamment les médias sociaux, facilite les mises en
relations, les échanges, les interactions.
En effet, on constate une certaine méfiance des candidats de la part des
émetteurs et des médias traditionnels comme source d’information sur
les entreprises et leur offre RH. Le phénomène apparait dans le
tourisme, avec des sites comme Tripadvisor. Il est une remise en cause
des émetteurs traditionnels au profit de sources d’informations
considérées comme plus crédibles. En matière de communication RH, il en
est de même. Les candidats vont avoir tendance à s’affranchir des
porte-paroles officiels que leurs proposent les entreprises et chercher à
entrer directement en contact avec des collaborateurs. Cette volonté de
disposer d’une information authentique est aussi au désavantage des
grandes structures, aux process de validation des contenus plutôt
contraignants.
Les PME et ETI ont une carte à jouer dans ce nouveau mode de relations
avec les candidats. Un patron d’entreprise, un directeur de site de
production, un manager opérationnel, seront très certainement des
interlocuteurs privilégiés par les candidats : information à la source,
peu ou pas de filtre des départements de communication, discours très en
phase avec les réalités quotidiennes de l’entreprise et le contenu des
missions…
On parle beaucoup de l’image employeur des entreprises qui se retrouve “chahutée” sur les réseaux sociaux, comme les hôtels peuvent l’être sur Tripadvisor. Quel est l’impact de ces nouveaux comportements sur la politique de communication RH des entreprises ?
Glassdoor s’est implanté en France en fin d’année dernière et vient
d’annoncer récemment avoir levé 70 millions de dollars auprès de Google
Ventures et Tiger Global. Même si le modèle économique de Glassdoor
reste à démontrer, ces deux informations ne peuvent être ignorées par
les professionnels RH. L’impact des médias sociaux, et la possibilité
pour tout candidat ou collaborateur de s’exprimer, impose de revoir les
politiques RH et notamment d’établir un véritable marketing RH dans les
entreprises. Et je parle bien de marketing RH, c’est-à-dire une prise en
compte des attentes et besoins des collaborateurs pour revoir son offre
RH, comme on peut le faire pour les clients avec une offre de produit
ou de service, et pas d’une simple communication “cache misère”*. En
effet, la recherche d’informations sur une entreprises permet de
disposer de sources nombreuses et multiples, alternatives au discours
officiel, et dont la force principale est qu’elles s’appuient sur des
expériences vécues.
Pour en savoir plus | francklapinta.com