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Vos fins de semaine ont un impact inouï sur votre travail !

Vous avez sûrement déjà entendu dire qu'il suffisait d'une fin de semaine pourrie - une pluie continuelle, un pneu crevé, une chicane avec sa blonde, etc. - pour que la journée du lundi en soit gâtée. Voire les premiers jours de la semaine, pour les plus sensibles d'entre nous. D'ailleurs, vous êtes peut-être l'un de ceux qui y croient dur comme fer...

Mais voilà, cela est-il si vrai que ça? Suffit-il vraiment d'une grosse contrariété pendant le week-end pour voir tout en noir au travail dans les jours qui suivent? N'est-ce pas là exagérer un peu, pour ne pas dire dramatiser?

Allons plus loin en ce sens : inversement, suffit-il d'une grande joie survenue un samedi ou un dimanche pour qu'on se retrouve sur un petit nuage le lundi matin, en remettant les pieds au bureau? Pour qu'on voie tout en rose, le mardi aussi, et - pourquoi pas? - le mercredi également?

Hum... Vous aimeriez bien le savoir, n'est-ce pas? Car, si impact il y a vraiment, cela aurait de claires répercussions dans notre quotidien au travail. Eh bien, je vais vous demander de bien vous installer avant de poursuivre la lecture de ce billet, parce que j'ai des choses renversantes à vous annoncer. Des choses dénichées dans une étude intitulée How was the weekend? How the social context underlies weekend effects in happiness and other emotions for US workers, laquelle est signée par deux professeurs d'économie : John Helliwell, de l'École d'économie de Vancouver (Canada); et Shun Wang, de l'École de management et d'administration publique KDI à Sejong (Corée du Sud). Explication.

Les deux chercheurs se sont plongé dans l'immense base de données du Gallup/Healthways US Daily Poll, qui compile, jour après jour, des informations sur la santé d'un échantillon variable d'un millier d'Américains. Ils ont considéré toutes les données enregistrées entre 2008 et 2012 concernant un total d'un million d'employés, dont 80% étaient embauchés à temps plein.

Leur objectif? Regarder si les fins de semaine avaient le moindre impact sur sept émotions que nous éprouvons tous au quotidien, en particulier au travail, à savoir : le stress, la colère, l'inquiétude et la tristesse ainsi que la joie, le bonheur et l'hilarité. Et, le cas échéant, identifier la source de ces impacts-là.

Ce qu'ils ont ainsi trouvé est fascinant, jugez-en par vous-mêmes :

> Un impact indéniable. Les fins de semaine ont un impact direct et significatif sur les émotions qu'on ressent lors de notre retour au travail et durant les jours qui suivent. Cet impact est considérable en ce qui a trait aux émotions négatives :

- stress : - 32,5%.

- colère : - 24,4%.

- inquiétude : - 24,3%.

- tristesse : - 9,6%.

Et il est conséquent pour nos émotions positives :

- joie : + 6,8%.

- bonheur : + 4,1%.

- hilarité : + 3,3%.

> Surtout les employés à temps plein. L'impact est nettement plus important auprès des employés à temps plein que des employés à temps partiel, à une exception près : il est similaire pour les deux en ce qui concerne la tristesse. Il est même deux fois plus important pour le bonheur, la joie, la colère et le stress.

Comment se fait-il que les impacts soient aussi grands? Et comment expliquer que ceux à temps plein soient plus sensibles aux fins de semaine que les autres? Les deux chercheurs ont, bien entendu, tenu à le découvrir. Ils ont donc davantage creusé dans leurs données, et fini par mettre au jour ce qui suit :

> Une question d'environnement de travail. Plus les employés évoluent dans un environnement de travail agréable, moins l'impact des fins de semaine est grand. Pourquoi? Tout bonnement parce qu'ils ressentent au travail des émotions positives en général plus fortes que les autres et des des émotions négatives en général moins fortes que les autres, si bien que l'impact bénéfique des belles fins de semaine en est nécessairement atténué. Logique.

Maintenant, qu'entend-on par 'environnement de travail agréable', au juste? D'après MM. Helliwell et Wang, cela correspond essentiellement à deux choses : d'une part, le degré élevé de confiance dont jouissent les employés dans le cadre de leur travail; d'autre part, le degré élevé d'harmonie du réseau de connexions formé par les liens noués par les employés entre eux.

> Une question aussi de temps social. Plus les employés ont la possibilité de passer du temps avec leur famille et leurs proches, moins l'impact des fins de semaine est grand. Pourquoi? Grosso modo pour la même raison : l'impact est atténué par le simple fait que ces personnes-là sont déjà globalement plus heureuses dans la vie que les autres.

Autrement dit, passer une belle fin de semaine est quelque chose de primordial pour quiconque n'évolue pas dans un environnement de travail plaisant et/ou ne parvient pas à jouir d'un relatif équilibre entre le travail et la vie privée. Oui, il est crucial pour ces personnes-là, et donc pour un grand nombre de ceux que vous côtoyez au bureau. Cela étant, il convient de souligner qu'une belle fin de semaine est également déterminante pour ceux qui, disons, se sentent relativement bien au travail et dans leur vie privée. Car celle-ci contribue sensiblement à leur épanouissement au travail, et par suite à leur performance.

«L'environnement de travail et le temps social déterminent quasiment à eux seuls l'impact que peut avoir une belle fin de semaine sur un employé. Plus précisément, sur les émotions ressenties par un employé durant ses journées de travail. Et donc, sur son bien-être, sa productivité et son épanouissement», résument les deux chercheurs dans leur étude.

Que retenir de tout cela? À mon sens, trois conseils pratiques destinés aux managers :

1. Faites davantage confiance à vos employés. Car leur bien-être au travail dépendra d'autant moins de la qualité de leurs fins de semaine. Ce qui vous évitera peut-être même une catastrophe, le jour où l'un de vos employés clés reviendra d'un week-end infernal. Alors, n'hésitez pas désormais à déléguer encore un peu plus que vous ne le faites déjà.

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