Employeurs: et si vous rallongiez l'espérance de vie de vos employés?
Prévenir la dégradation de la santé ne serait-il que l'affaire des pouvoirs publics, des gourous de la diététique et des herboristes ? Dans son ouvrage Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux a relaté les conditions de travail des caissières d'un supermarché, qu'on considère productives à partir de 3000 références passées en une heure. Dans la comédie "A coup sûr", la jeune journaliste bardée de diplômes est raillée par ses collègues parce qu'elle se fait livrer un fauteuil ergonomique devant lui éviter des douleurs lombaires accumulées après de longues heures de travail face à son ordinateur.
Les femmes deviennent victimes, aussi de maladies liées au stress
La prégnance de la notion de pénibilité dans le travail met à mal l'idée répandue par Henri Salvador « Le travail c'est la santé » ; et invite à une réflexion sur ce qui peut être envisagé pour ne pas dégrader celle des travailleurs.
On m'objectera aisément qu'il est aisé de donner des leçons. Depuis le temps que l'on sait que certaines pratiques professionnelles sont purement dangereuses, on les aurait interdites ! Voilà qui est faux. En 1945, le premier tableau des maladies professionnelles liées à l'amiante était créé et diffusé. Les tous premiers décrets relatifs aux salariés exposés datent de 1977. Et c'est seulement en 1996 que l'on impose la destruction de certains bâtiments considérés comme nocifs pour leurs usagers. Enfin, dans les pays développés, l'écart entre l'espérance de vie des femmes et des hommes se réduit. Les deux genres vivent plus vieux, mais les femmes, qui mènent des carrières semblables à celles des hommes, sont désormais victimes plus régulièrement de maladies cardiovasculaires et de toutes les pathologies liées au stress cumulé .
Beaucoup de mesures préventives ont un coût infime
N'attendons plus avant de penser à ce qu'il est possible de faire pour ne pas entraver l'espérance de vie de nos employés. Bonne nouvelle, un grand nombre de ces mesures ont un coût infime. D'autres ont un coût élevé. Quelques unes ont un coût humain, elles supposent d'investir dans une réflexion logistique, de tester de nouvelles méthodes de travail. Ce qui n'implique ni garantie de résultat, ni de retour sur investissement chiffrable à court terme. Mais mis en regard avec le coût des arrêts de travail, le remplacement des salariés victimes de « burn out » ou d'autres maladies professionnelles, et les gains de productivité étayés scientifiquement dans les structures investissant dans le bien-être de leurs salariés, elles pourraient bien être véritablement pas chères, et totalement rentables, en valeur absolue.
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