Changement de carrière: pas d’âge pour faire le saut
Portrait. Éleveur prospère, Carlos Joya perd tout lors de la crise du verglas de 1998. Après quelques essais-erreurs, c’est finalement en lançant sa petite entreprise qu’il remet le pied à l’étrier.
Il arrive au rendez-vous droit dans ses bottes de cow-boy, mais a laissé son chapeau sur le banc de son pick-up. Il l’arbore pourtant sur toutes les photos des coupures de presse qu’il a pris soin d’apporter. Carlos Joya tient à montrer les articles relatant la perte totale de son exploitation porcine, mais aussi celui du journal local de sa région natale à l’occasion d’une cérémonie soulignant son engagement pour sa communauté, malgré l’exil.
Le parcours sinueux et atypique de ce Salvadorien d’origine l’a mené à se reconvertir sur le tard et malgré lui. Aux années fastes ont succédé quelques errances professionnelles. Réfugié politique, il arrive au Québec en 1983, et enchaîne les emplois dans l’industrie textile, l’entretien ménager et la conciergerie. Avec le but bien précis d’acheter sa ferme. «Je viens d’une famille d’agriculteurs, de génération en génération.» Carlos Joya a grandi sur une terre agricole, s’est spécialisé dès l’école secondaire dans cette branche et se fait un honneur de maintenir la tradition familiale. Le rêve prend forme en 1990. Il est «le premier immigrant d’Amérique latine au Canada à devenir propriétaire exploitant, précise-t-il. J’avais une vieille ferme, mais bien entretenue et très propre, avec laquelle j’obtenais un aussi bon rendement que les installations plus modernes. Je me voyais loin !»
Fatale, la tempête du verglas tue 800 des 1250 porcs qu’il possède. Quelques jours plus tard, 300 de plus périssent dans un incendie déclenché par une génératrice installée pour pallier la crise. Mal assuré, Carlos Joya perd tout. Il vit sur sa terre plusieurs années encore, pendant lesquelles il travaille pour l’exploitation voisine, grande entreprise d’export de bétail. Il agit comme consultant et interprète pour les délégations dans les pays hispanophones. En 2002, il intègre une compagnie de fabrication de bio-ingrédients. Trois ans plus tard, il se voit contraint de vendre sa ferme. «De nouvelles réglementations exigeaient que je rénove, je n’en avais pas les moyens.»
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