A quoi ressemblera le travail de demain ?
Selon vous, la prolifération des nouvelles technologies a déjà modifié l'entreprise, de quelle manière ?
Jusqu'à présent, le monde du travail se déroulait dans un espace clos, avec des horaires fixes et des salariés exécutant une tâche précise. Avec Internet, il est désormais possible de travailler partout et à tous moments. L'entreprise n'est donc plus un lieu spécifique de socialisation : de nombreux employés peuvent déjà travailler dans des tiers-lieux, à distance. Quant à ceux qui se rendent tous les jours dans une entreprise, ils prennent sur leur temps de travail pour réserver un billet d'avion en ligne mais le soir, ils consultent à domicile leurs boîtes mails professionnelles.
Pour répondre à cette porosité de plus en plus forte entre vie pro et vie privée, l'entreprise va devoir s'interroger sur le sens qu'il y a à se rendre tous les matins à son travail et, d'un lieu de contraintes, s'organiser pour devenir un lieu de ressources. Concrètement, cela se traduira par un aménagement plus attractif des espaces de travail et davantage d'ouverture vers l'extérieur (physique et numérique), la possibilité de "détourner" de façon contractuelle certaines ressources (espace, main d'oeuvre, etc.) pour des usages personnels. Mais nous pensons également que l'évolution des entreprises ne passera pas nécessairement par une remise en cause de ses architectures, qu'elles soient visibles (murs et cloisons) ou invisibles (process, culture, routines, etc.). Elles pourront pour ainsi dire "se maintenir en l'état" si elles savent nouer de nouvelles formes de relations avec l'extérieur.
Nous avons imaginé quatre formes d'écosystèmes dans lesquels les entreprises pourront évoluer. Le premier est ce que nous avons appelé l'écosystème "solaire". L'entreprise se situe et se perçoit dans un environnement global qu'elle a intérêt à faire vivre. Par exemple, une société X soutiendra une société Y défaillante car elle a besoin d'elle dans son écosystème. Cela amènera à une relation plus équilibrée : l'entreprise ne se vivra plus comme une "forteresse" mais plutôt comme la composante d'un système capable de jouer de solidarités, de complémentarités, d'intelligence partagée... Le deuxième écosystème est celui de "l'excubation". Dans ce modèle, comme dans le précédent, l'entreprise ne modifiera pas en profondeur son organisation, en revanche elle investira à l'extérieur dans des structures légères avec la perspective d'un possible retour sur investissement progressif. Une société financera par exemple les projets de plusieurs de ses collaborateurs qui créeront une entité externe afin de développer un projet particulièrement novateur, en toute autonomie. A charge pour elle d'imaginer comment en tirer profit (reproduction de certaines formes de travail, connexion avec de nouveaux fournisseurs, partage ponctuel de main-d'oeuvre, etc.).
Le troisième écosystème est assez proche de l'open source. Il n'y a pas de direction à proprement parler, mais un ensemble de structures qui s'enrichissent mutuellement autour d'un bien ou d'un service commun. Enfin, le dernier écosystème serait celui de "l'intermédiation". Ici, la création se fait au travers des réseaux sociaux. Une entreprise de presse pourrait ainsi demander à des internautes d'écrire un article, une vingtaine d'entre eux propose leur billet, une centaine vote pour les meilleurs et finalement, les journalistes n'interviennent qu'en bout de chaîne pour réaliser les 2-3 retouches nécessaires. Enfin, un cinquième modèle consisterait en une agrégation de plusieurs de ces écosystèmes : un environnement "solaire" où l'entreprise "excube" ponctuellement des ressources tout en déléguant certains projets aux réseaux sociaux.
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